François Kèncy nous propose une œuvre musicale qui arrive à son heure.
Le MASA 2007 a commencé avec une réflexion sur la culture démocratique et la sortie de crise et nous sommes en pleins préparatifs pour la cérémonie de la « Flamme de la Paix », programmée pour le 30 juillet prochain.
Il a voulu satisfaire une passion d’enfance mais il assume une responsabilité d’artiste. Celui-ci est un messager de la joie et ne saurait se satisfaire de situation de tension et de division. La fascination pour le genre Tohourou a trouvé une voie pour s’exprimer et nous appeler à la paix. Il est dans le ton pour plusieurs raisons.
Les paroles appellent à la Paix. Le mot « yaya » signifie pardon et la formule de feu Houphouët-Boigny est rappelée. Elle nous dit encore que la paix n’est pas un mot mais un comportement. Nous sommes conviés à ouvrir nos oreilles pour ce message de paix.
Nous savons tous aujourd’hui comment la main de Laurent Gbagbo a été tendue et comment elle a été saisie par Guillaume Soro pour aboutir à l’accord de Ouagadougou de mars 2007. L’expression dialogue direct est entrée dans le vocabulaire quotidien des ivoiriens qui l’assaisonnent à différentes sauces avec humour.
Oui nous le savons. Les journalistes nous l’ont dit. Les hommes politiques se sont prononcés. Les historiens l’écriront. L’artiste fait bien de nous le rappeler. Quelqu’un de bien inspiré a dit : «là où la parole s’arrête, là commence la musique ». Il a eu raison de la considérer comme un discours sinon supérieur, mais ayant la faculté d’aller au-delà de ce que les mots peuvent dire.
François Kency assume son statut d’artiste en proposant une œuvre originale. En effet, nul n’est artiste s’il ne fait montre d’originalité. Celle-ci mérite d’être présentée pour que nous puissions accéder à son sens.
Après les chants de résistance sur le monde du zouglou ou de l’ode, voici que le Tohourou est honoré. Par son rythme posé, ce genre convient à l’apaisement désiré. L’exécution elle-même retient l’attention à trois niveaux.
L’originalité, c’est d’abord le duo d’un jeune avec un vétéran du Tohourou Gnapo Bernard. Après les décès de Tima Gbahi et Bliahi Séri dit Digbeubouo Zréga, Gnapo est l’un des trois derniers grands avec Liadé Emile d’Issia et Nouguhé Lago de Daloa. Il s’agit donc d’un duo historique auquel personne ne pouvait songer et voici que le miracle s’est produit ! Les créateurs et pionniers du Tohourou, avec à leur tête Dyra Gôzè, ont eu raison de penser que le Tohourou, ne disparaîtrait jamais.
C’est ensuite le Tohourou chanté en français. Le genre n’est donc pas attaché à la langue de ses origines. Moyen d’urbanisation, moyen d’universalisation, moyen d’une espérance de vie prolongée !
C’est enfin les violons qui font leur entrée dans le Tohourou ! Ils ne sont pas tenus par n’importe qui. Nous accueillons des membres d’un orchestre philharmonique, en l’occurrence de Belgique. Il ne s’agit donc pas d’un simple effort de modernisation. Quel est alors le sens de tout ce travail d’innovation ? Deux sens importants au moins sont à retenir.
Dans la mythologie bété, le palmier est le symbole des artistes, selon le témoignage du Professeur Tapé Gozé, dans « la chanson populaire en Côte d’Ivoire ». Pour avoir réconcilié une divinité appelée Yoro et son épouse Kobehi Ziguédé, le palmier a reçu en récompense le don, un principe masculin, c’est-à-dire le soleil qui vivifie mais peut brûler et un principe féminin, la femme qui donne la vie. Avec cette œuvre, se trouvent aussi réunis deux artistes de culture différente mais engagés à nous réconcilier en tant que nation.
Cette rencontre de deux musiques classiques, le Tohourou appuyé par les violons de l’autre, ne saurait nous échapper. Chaque société retourne à sa période classique por sa renaissance et celle-ci regarde toujours au-delà de la survie.
La conquête de la paix est notre épopée d’aujourd’hui. Il s’agit de mourir symboliquement et de se renouveler dans un projet de grandeur nationale. Genre ancien, projet nouveau, ambition nouvelle !
Pas de fausse note, que personne ne dégamme, François Kèncy nous invite à l’harmonie. Il chante en duo avec Gnapo Bernard comme Gbagbo et Soro chantent la paix à deux voix. Alors, comme un choeur national, accompagnons les aujourd’hui et demain. Merci
Professeur Séry Bailly
Le 23 juillet 2007 .
Professeur Séry Bailly
Le 23 juillet 2007 .
NB:Gnapo Bernard nous a quitté le 24 août 2009
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